l’histoire des lieux

Saint-Sulpice-du-Désert est attenant au hameau de Loisy, commune de Ver, canton de Nanteuil-le-Haudouin. Cet endroit est recensé dès le XVème siècle, comme un lieu écarté, véritable désert de bruyères et de rochers épars. L’ermitage établi au Moyen-âge laissera la place à un petit monastère (au XVIIième) auquel succèdera une charmante résidence.

L’ermitage : 1444 - 1655

Au Moyen-Âge, un ermitage est établi près du hameau de Loisy sur un petit domaine de 4ha, alors écarté, véritable désert de bruyères et de rochers épars. La première mention de cet Ermitage date de 1444 et fait référence à une chapelle fondée en l’honneur de Dieu, de St Antoine et de Saint Sulpice du Désert [1]. Cette chapelle dépend à cette époque des religieux de Saint Nicolas d’Acy.

En 1481, le comte de Dammartin fait l’acquisition au près du prieur de St Nicolas du domaine. [2]. Le comte ou ses successeurs ajouteront petit à petit des terres à la chapelle toujours entretenue par des ermites qui y vivent.

Bientôt un pèlerinage (probablement due à la réputation d’un pieux ermite) voit le jour et se tient le samedi précédant la fête de la Pentecôte. Naturellement, ce pèlerinage s’accompagne bientôt d’une foire qui amène peu à peu des abus que dénoncent l’évêque de Senlis. Celui-ci fait fréquemment inspecter l’ermitage et en 1638 transmet une Règle qu’il donne aux ermites afin qu’ils vivent plus pieusement.

Le prieuré : 1655 -1784

Parallèlement, en 1625 cinq religieux de l’ordre des Brigittains [3] s’installent à Auxi-le-château (Pas-de-calais). Cependant cette période est troublée par la guerre de trente ans qui sévit dans toute l’Europe et les religieux sont forcés de se réfugier à Paris en 1647. La guerre se prolonge entre la France et l’Espagne et sème la désolation dans la Picardie et l’Artois. Les religieux Brigittains ne pouvant retourner à Auxi se mettent en quête d’un asile tranquille et sûr et se font alors indiquer l’ermitage de St Sulpice.
Par une lettre du 22 mars 1655, Denis Sanguin, évêque de Senlis, se déclare heureux de recevoir les Brigittains et leurs permet de prendre possession de l’église ou ermitage et d’y fonder un couvent de leur ordre.
De plus le comte de Dammartin (Louis XIV) autorise l’établissement des Brigittains dans l’ermitage de St Sulpice et leur fait don de la propriété en échange de prières pour sa personne et pour la prospérité de son État.

Les Brigittains s’installent en 1655 à St Sulpice et fondent avec l’accord de l’évêque une confrérie de laïques, hommes et femmes (elles étaient à l’époque très à la mode) et la situation matérielle du prieuré est prospère pendant une centaine d’années. Cependant la situation se gâte petit à petit et on ne sait exactement ce qui se passa mais le nombre de frères diminua jusqu’à ce que le prieur décide en 1771 de transférer les 3 ou 4 frères restant à Auxi-le-Château. Le départ des frères marqua la ruine du prieuré de Saint-Sulpice où le prieur resta seul et devait subvenir au besoin des 3 autres frères partis à Auxi. Ne pouvant payer tous les frais, il se retire dès 1784 comme aumônier à Ermenonville et loue la propriété [4] à M Valfroy de Salornay.

La révolution

1789 ! Le petit domaine tombe sous le coup des nouvelles lois relatives aux biens des établissements religieux et en 1791, le domaine est mis en vente. [5]

La propriété est vendue à Antoinette Jacquemard puis revendue fin 1793 (4 frimaire an II) à M Lamy qui la porta à 43 hectares par divers acquisitions de parcelles de terre, pré et bois. En août 1811, le nouveau domaine est acheté par M Joseph-Félix Lazowski, général de division du corps impérial du Génie, baron de l’Empire et commandeur de la Légion d’honneur. Celui-ci entreprend la construction d’une maison bourgeoise mais mourra avant que l’intérieur soit terminé.

L’intégration de St Sulpice au domaine de Mortefontaine : 1813 - 1835

Ses héritiers vendent le domaine en sept 1813 à M Bouchard, maire de Vémars qui l’acquière pour le compte et au profit de S. M. Don Joseph Napoléon, roi d’Espagne et des Indes. Le roi Joseph réunit Saint-Sulpice au Domaine de Mortefontaine, dont il était propriétaire depuis 1798 (29 vendémiaire an VII) et St Sulpice devient un lieu-dit du domaine pendant 19 années.
Proscrit par les Bourbons, le roi Joseph est obligé de vendre le domaine de Mortefontaine mais espère y revenir : de 1816 à 1823, il sera vendu plusieurs fois mais toujours dans sa famille. Cependant le duc de Bourbon (dernier prince de Condé) passionné de chasse et d’agrandissement territoriaux voulut acquérir le domaine (alors de 1 711 hectares) et réussit à le faire entre 1827 et 1829.

Retour au domaine initiale de St Sulpice quelque peu augmenté !

Après sa mort, le domaine de Mortefontaine revient à la baronne de Feuchère qui le redécoupe et vend en 1835 à M Auguste-Victor-Hippolyte Ganneron la partie correspondant à St-Sulpice (qui est loin des 43 ha du départ : 194ha [6]) Le domaine ne fait que gagner en superficie (226ha) et est de nouveau vendu en 1850 à M louis La Perche par contrat notant « une maison d’habitation élevée au milieu d’un jardin dessiné à l’anglaise… » [7] Fin 1892, les héritiers de M La Perche vendent à Mlle Drelon le domaine de St Sulpice (268ha), comprenant un château récemment augmenté et agrandi, avec toutes ses dépendances. [8] Mlle Drelon fit renaitre de ses ruines l’antiques chapelle St Sulpice, qui jaillit du sol dans un triomphe de luxe et de grandeur. Cette véritable basilique fut inaugurée au mois d’octobre 1899 par Sa Grandeur Mgr l’évêque de Beauvais.

Don de St Sulpice à la congrégation St Thomas de Villeneuve : 1957 - Aujourd’hui

C’est Madame Roland-Gosselin, qui en 1957 fait don de la propriété à la congrégation des Sœurs de St Thomas de Villeneuve, qui y installent leur noviciat. Puis Mgr Hardy va permettre au père Maindron qui revient d’Afrique de s’y installer ; il y reste jusqu’en 2002. Enfin en 2004, Mgr J.P. James, tout nouvellement installé dans l’Oise et fort désireux d’ouvrir un centre spirituel dans cette partie du diocèse, appelle Anne et Jean Fumex, membre de la Communauté Vie Chrétienne (spiritualité Ignatienne), à prendre la responsabilité de ce centre qui devient donc : « Centre Spirituel diocésain de Loisy ».

Après 5 ans au service de ce centre, Anne et Jean Fumex décident de partir et Claude Baüer reprend la direction et le projet.

C’est dans ce centre que nous sommes aujourd’hui très heureux de vous accueillir.

[1St Sulpice que l’on appela plus tard Sulpice le Bon pris très tôt plaisir à discuter et réussissait à convertir par son don de persuasion. Il aimait prier et soulager les pauvres, les prisonniers. Il fût réclamé en 618 par le roi Clotaire comme aumônier du palais et menait une vie quasi monastique au milieu des courtisans. Nommé archevêque de Bourges vers 628, il défendit les habitants de Bourges contre les agents du fisc, convertit de nombreux juifs et païens de la ville et fit construire plusieurs monastères. Il mourut vers 650.

[21481 : le domaine ( 4ha) comprend un pré et la chapelle.

[3ordre fondé en 1343 par la sainte princesse Brigitte ; il n’admit d’abord que des femmes mais ne tarda pas à compter aussi des monastères d’hommes.

[41784 : le domaine ( 4ha) comprend la maison, le parc, 5 quartiers de pré et six arpents de terre ; l’église fut annexé à la cure de Ver.

[51791 : le domaine ( 4ha) comprend alors dans l’acte de vente : 1)une belle maison avec grange, écuries, remise et hangars ; 2) la chapelle st Sulpice ; 3) un jardin planté d’arbres fruitiers clos de mur ; 4) un parc contenant 7 petites caves. 5) cinq quartiers de pré ;6) six arpents de terre.

[61835 : le domaine (194ha) comprenant "une maison bourgeoise tenant à la ferme, avec petit parc, fontaine et pièce d’eau, jardin potager et agrément ; corps de ferme couvert de tuiles ; logements utiles ; friches etc. etc …

[71850 : le domaine (226 ha 36 a 20c) comprend « une maison d’habitation élevée au milieu d’un jardin dessiné à l’anglaise, bâtiments d’habitation et communs, terres labourables, prés, bois, aulnes, plantations et friches etc., etc. »

[8Fin 1892 : le domaine (+ de 268ha) comprend un château avec toutes ses dépendances, terres, prés, bois et friches.