Mardi 9 août 2011

Ennéagramme - ce qu’en disent les autres

La Croix 15/06/11

L’Eglise cherche quel usage faire de « l’ennéagramme ».

La Pastorale nouvelles croyances des évêques de France vient de faire le point sur un outil de connaissance psychologique de soi et des autres. Plusieurs congrégations religieuses et centres spirituels ont recours à cet instrument distinguant neuf types de personnalités.. <BR> Pour le moment, il ne s’agit que d’une note interne. « Mais un jour ce texte sera rendu public sur le site de la Conférence des évêques de France » (CEF), promet Mgr Denis Lecompte, coordinateur de la Pastorale nouvelles croyances et dérives sectaires au sein de la CEF. Il s’agit d’une synthèse sur l’ennéagramme, rédigée le mois dernier à la suite de travaux menés depuis 2010 sur cette méthode de connaissance psychologique de soi et des autres, à partir de neuf types de personnalité, « ennea » signifiant neuf en grec. Mgr Lecomte n’entend pas « faire de l’ennéagramme un absolu et le proposer comme un passage obligé ». En 2003, le Conseil pontifical pour la culture et le Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, dans un document commun sur le Nouvel Age, mettaient en garde, en allusion à l’ennéagramme, contre « un instrument qui, lorsqu’on l’utilise comme instrument de croissance spirituelle, introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne ». L’instrument en question a une histoire très ancienne. Imaginé par Pythagore, utilisé par les Pères de l’Église puis les soufis musulmans d’Asie centrale (XIIIe-XVIIIe siècles), il a été repris par un ésotériste russe, George Gurdjieff, au début du XXe siècle. Importé aux États-Unis dans les années 1960, notamment par les jésuites qui comprirent son intérêt dans l’accompagnement des personnes, l’ennéagramme se répand aussi en France depuis une trentaine d’années par le biais du développement personnel. Et ils sont plusieurs aujourd’hui, dans l’Église en France, à utiliser cet instrument, pour eux-mêmes et dans le cadre de leurs activités d’accompagnateurs. « C’est un outil très subtil qui, outre le diagnostic, fournit une carte routière pour avancer et évoluer », estime le père jésuite Jean-Claude Badenhauser, qui a animé de nombreuses formations à l’ennéagramme dans les centres spirituels de la Compagnie. Selon lui, il s’agit d’« un outil humaniste, qui n’a rien de chrétien en tant que tel, mais qui permet de mieux s’accepter et donc de mieux accepter l’autre ». L’outil aide à repérer quel « évitement compulsif » est adopté le plus fréquemment par une personne en fonction de blessures d’enfance. Ainsi, la personnalité de « type 1 » cherche à éviter la colère et recherche la perfection, le « type 3 » évite l’échec et recherche le succès, le « type 7 » fuit la souffrance et recherche le plaisir… « L’objectif est de reconnaître son évitement puis de se libérer peu à peu de son aspect compulsif », explique Marielle Bradel, qui vient de publierL’Ennéagramme, un chemin de vie (1). Cette thérapeute a longtemps animé, avec son mari Yves, des sessions d’initiation à l’ennéagramme en milieu chrétien. Il n’y a pas « de bon ou de mauvais type », précise-t-elle, rappelant que chacun est seul à pouvoir repérer le type auquel il appartient. « L’ennéagramme peut être utilisé comme chemin de conversion », estime de son côté Monique Denoeud, qui a pris la relève des Bradel dans la dizaine de centres spirituels en France qui proposent de telles sessions. « Telle réflexion d’un retraitant peut me faire penser à tel type, ce qui va m’aider alors à lui faire une proposition spirituelle vers davantage de confiance ou d’ouverture », témoigne ainsi Sœur Pierrette Lallemant, de la congrégation des Sœurs de la Retraite, qui a suivi plusieurs week-ends d’ennéagramme et accompagne les retraitants du centre jésuite de Penboc’h (Morbihan). « Cela m’aide à mieux comprendre les réactions et les motivations intérieures des personnes », ajoute Sœur Marie-Joseph Isnard, religieuse du Cénacle à La Louvesc (Ardèche) et habituée à l’accompagnement spirituel. Plusieurs instituts religieux utilisent déjà l’ennéagramme dans leurs formations. Comme les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, qui proposent de telles sessions depuis une dizaine d’années aux religieuses, notamment dans leur maison de Ti Mamm Doué (Morbihan). C’est le cas aussi des Pères Blancs qui, depuis plus de vingt ans, proposent des initiations à l’ennéagramme pendant le noviciat ou au cours des sessions de « transition » (à 60 ans) ou de « dernière étape » (70 ans). « Lors des évaluations finales de nos formations, l’ennéagramme apparaît toujours comme un point fort », souligne le P. Bernard Ugeux, qui, après avoir découvert l’instrument en 1991 en Tanzanie, l’a utilisé pour former des couples puis des chefs d’entreprise. « L’ennéagramme est aussi très efficace dans l’interculturel », poursuit ce père missionnaire. Basé en RD-Congo, il a récemment formé à cette méthode une congrégation féminine congolaise. Pour lui, l’outil« fonctionne tout aussi bien avec des Européens, des Africains ou des Asiatiques. »

LESEGRETAIN Claire (1) DDB, 460 p., 28 €