Samedi 26 mars 2011

l’histoire de la chapelle

L’élégante et gracieuse Chapelle qui s’élève aujourd’hui à l’entrée du parc de Saint-Sulpice-La-Ramée, a été inaugurée en 1899. Mlle Drelon a fait renaitre de ses ruines l’antique chapelle fondée en l’honneur de Dieu, de St Antoine et de St Sulpice-du désert vers le XVe siècle et utilisée par les ermites de St sulpice.

Voici les circonstances qui ont déterminé la construction de ce bel Edifice :

L’histoire :

M. Pierret le sympathique maire d’Eve si estimé dans toute la contrée, il y a quelques années, avait marié sa fille Mlle Marie-Louise-Lucy à M. Julien Rouland, député de la Seine-Inferieure. Cette alliance, qui resserrait des liens de parenté déjà existants entre les deux familles, semblait présager le plus brillant avenir. Hélas ! Après quelques années de l’union la plus heureuse, une maladie inopinée enlevait Mme Julien Rouland à l’affection des siens. Le 9 avril 1897 elle rendait sa belle âme à Dieu saintement résignée dans son sacrifice. C’est alors que pour apporter un allégement a la douleur commune, Mlle Elisabeth Drelon, propriétaire du château de Saint-Sulpice-la-Ramée, sœur de Mme Pierret, conçut, d’accord avec les deux familles, le projet de ramener auprès d’elle les restes mortels de sa chère nièce et de faire ériger dans le parc, une Chapelle commémorative au-dessus de la crypte où ils seraient déposés. De son vivant, Mlle Lucy Pierret avait manifesté à sa tante le désir de voir construire une Chapelle et d’entendre les sons argentins d’une coche appelant le dimanche à la messe le personnel du château ainsi que les habitants des hameaux de Loisy et de Montaby si éloigné des églises paroissiales de Ver et de Mortefontaine. Cette chapelle, commencée le 1er juin 1897 et terminée deux ans après, a été construite selon les plans de Delforterie, d’Amiens, architecte diocésain, qui en a fait un vrai bijou d’architecture gothique. M. Delforterie vient d’ajouter un nouveau et brillant joyau aux monuments religieux dont il a orné plusieurs diocèses. Tout y est complet, achevé, depuis la crypte, dans sa majestueuse sévérité, jusqu’au délicieux campanile si gracieux et si coquet qui donne la vie à cette solitude, élève l’âme au milieu du silence des bois et du calme de la nature. <BR> <BR> La bénédiction : Samedi dernier, par une de ces magnifiques journées d’automne dont nous avons le privilège cette année, Monseigneur l’Evêque de Beauvais, toujours si empressé à répondre aux désirs de ses diocésains, procédait à la bénédiction de cette chapelle érigée sous le vocable de saint Sulpice. A neuf heures et demie, Sa Grandeur, revêtue des ornements pontificaux, s’avance sous le portail de l’édifice qui va être bénit et dont l’autel va être consacré. Une assistance d’élite : tous les châtelains des environs, de nombreuses notabilités parisiennes, tous les habitants des hameaux voisins entourent Monseigneur, escorté par MM. les chanoines Dumont, vicaire général ; Dourlent, archiprêtre de Senlis ; Jeanson, doyen de Nanteuil ; Vivet, curé de Mortefontaine, et le curés de Lagny-Le-Sec, d’Ermenonville, d’Eve et de Bertreville-Saint-Ouen, du diocèse de Rouen. M. le curé d’Eve et de Ver souhaite la bienvenue à Sa Grandeur, et en forts bons termes le remercie, en son nom et au nom des généreux bienfaiteurs, et lui exprime la reconnaissance de tous. Monseigneur répond en quelques mots pleins d’amabilité et de courtoisie, et procède ensuite à la bénédiction extérieure et intérieure de l’Eglise. Cette première cérémonie achevée, la foule qui est stationnée au dehors, entre dans l’édifice sacré et en admire les beautés artistiques. C’est alors que commence la longue cérémonie de la consécration de l’autel. L’assistance suit dans le silence le plus religieux ces rites d’un symbolisme si élevé et si beau. A onze heures et demie, M. le Doyen de Nanteuil célèbre la sainte Messe sur l’Autel consacré et Monseigneur, au trône, tient chapelle pontificale. Pendant ce temps, un orchestre choisi sous la direction de M. Fauchez, de Saint-Thomas d’Aquin, avec le concours de M. Auguez, du Conservatoire, et d’autres artistes éminents, font entendre accompagnés de harpes de violoncelle, violon et orgue le Panis Angelicus de Franck ; le Sommeil de la Vierge, un O Salutaris et un Agnus Dei, de Mozart ; et au Salut qui suit et qui est donné par Monseigneur, un Tantum ergo et le Laudate, d’Adam. Le Salut terminé, Sa Grandeur adresse à l’Assemblée une allocution toute de circonstance qui impressionne vivement l’auditoire. Elle montre que la construction d’une église est toujours un bienfait pour les populations. Au milieu des sollicitudes absorbantes de la vie, le temple sacré leur rappelle l’existence d’un Dieu, souverain maitre du ciel et de la terre, auquel nous devons nos adorations ; il leur rappelle la vie et la mort du Sauveur, sa doctrine, sa grâce et ses sacrements, sources de toutes les grandeurs chrétiennes. Après avoir rapidement et brillamment exposé ces considérations, Monseigneur termine à peu près en ces termes : « Vous ne serez pas surpris, Mes frères, si à ces considérations, j’ajoute mes remerciements pour l’excellente et religieuse famille qui vous procure le bienfait de cette chapelle et me donne la joie très grande de l’inaugurer… Toute fondation d’église est inspirée par les sentiments les plus nobles et le plus élevés de l’âme chrétienne. Tantôt c’est la reconnaissance et la charité, tantôt le souvenir d’une victoire, d’une défaite, le souvenir d’une grande catastrophe … Ici, mes Frères, c’est un tombeau qui est la pierre fondamentale de cet édifice et c’est un deuil bien cruel qui a voulu se consoler en 1’élevant. La foi de ceux qui pleurent, en descendant dans la crypte funéraire, a vu l’ange de la Résurrection assis sur les bords de cette tombe bien-aimée, et les divins espoirs de la Religion bercent leur douleur… Or, mes Frères, n’est-ce pas l’épanouissement de ces hautes pensées de l’immortalité, du ciel où l’on se retrouve, qui brille dans tout ce bel édifice ? … L’éminent architecte qui l’a élevé et auquel je suis heureux d’adresser mes plus vives félicitations, a compris le cœur de ceux qui le faisaient construire. Dans la mélodie que chantent ces lignes architecturales si pures, ces ogives, ces colonnes, ces vitraux, on entend comme une voix qui descend du ciel, et sous ces voûtes harmonieuses on sent passer comme le souffle d’une âme… N’en doutez pas, mes Frères, c’est la voix, le souffle de la pieuse et charmante jeune femme qui repose sous ce sol béni et dont l’âme sainte vient se mêler aux anges qui désormais garderont cet autel… Oui, cette église, dans sa merveilleuse ornementation, est comme une fleur sortie de cendres de la mort qui élève dans les airs son éblouissant calice d’où s’épand le parfum d’une mémoire impérissable … Ah ! Si cette voix, ce souffle, ce parfum nous disent le néant de cette vie mortelle, qu’ils nous disent aussi que Dieu seul est la source des véritables consolations et qu’au dessus de ce monde qui passe, entrainant dans sa suite nos enchantements et nos douleurs ils nous montrent la cité immuable de l’éternelle béatitude… »

Après cette émouvante allocution, la procession sort de la Chapelle, Monseigneur prend place sous le dais, un soleil radieux jette des flots de lumière sur la colline et mêle l’or de ses rayons à l’or dont 1’automne colore le feuillage. La foule accompagne la procession qui reconduit Monseigneur à travers les lacets de la prairie et du parc jusqu’au château. Les mères sont heureuses d’offrir leurs enfants aux bénédictions du Prélat. Sur le perron Monseigneur se retourne vers la foule qui s’incline une dernière fois sous sa main bénissant, et chacun se retire heureux d’avoir vu cette belle cérémonie dont le souvenir restera profondément gravé dans le cœur de tous ceux qui ont pu y prendre part.

Librairie de l’évêché : J. Lancel Editeur-Gérant du Bulletin religieux, Beauvais